L’accident de décompression (ADD) reste l’une des principales craintes du plongeur, et l’une des plus mal comprises. On entend souvent qu’il suffit de « respecter son ordinateur » pour être protégé. La réalité est plus nuancée. Un ADD survient lorsque l’azote dissous dans les tissus au cours de la plongée forme des bulles lors de la remontée, plus vite que l’organisme ne peut les éliminer. Ces bulles peuvent provoquer des douleurs articulaires, des troubles neurologiques ou, dans les cas graves, des atteintes potentiellement mortelles.
Le point essentiel, confirmé par la recherche la plus récente, est le suivant : un accident de décompression peut survenir même lorsque les paliers et les procédures de l’ordinateur ont été scrupuleusement respectés. Les algorithmes de décompression actuels reposent sur des modèles théoriques d’un plongeur « moyen ». Ils ne tiennent pas compte de la variabilité physiologique individuelle ni de nombreux facteurs personnels et opérationnels qui modulent le risque réel.
C’est précisément ce qu’éclaire l’étude DAN Europe publiée en 2026, « Identification of DCS risk factors in recreational diving », réalisée à partir de la base de données DAN DSL (version 07/2024). Il s’agit, à ce jour, de la plus grande analyse de données de plongée réelle jamais publiée. Là où la plupart des travaux antérieurs s’appuyaient sur des expériences contrôlées ou sur quelques milliers de plongées, cette étude a passé au crible 127 957 plongées effectuées par 5 907 plongeurs dans des conditions réelles. Son modèle statistique identifie 12 facteurs de risque indépendants et atteint une qualité prédictive remarquable (aire sous la courbe ROC de 0,910).
Cet article décrypte ces 12 facteurs, explique pourquoi certains résultats sont contre-intuitifs, et surtout détaille ce que vous, plongeur, pouvez réellement contrôler pour réduire votre risque personnel.
Les chiffres clés de la décompression en plongée
Une analyse en conditions réelles, à grande échelle, pour mieux comprendre et prévenir les accidents de décompression.
Pourquoi un accident de décompression peut-il survenir même en respectant son ordinateur ?
La majorité des plongeurs victimes d’un ADD n’ont commis aucune « faute » évidente. Ils ont suivi leur ordinateur, respecté leurs paliers et leur vitesse de remontée. Comment l’expliquer ? L’étude DAN Europe 2026 met en lumière plusieurs raisons structurelles.
Les limites des modèles de décompression actuels
La plupart des ordinateurs de plongée reposent sur l’algorithme Bühlmann ZH-L16C, qui divise le corps en 16 compartiments tissulaires théoriques, chacun absorbant et rejetant l’azote à une vitesse différente. Ce modèle est robuste, mais il décrit un plongeur théorique. Il ne « sait » rien de votre morphologie, de votre état de forme du jour, de votre température corporelle ou de votre effort réel. Il calcule une décompression sûre en moyenne, ce qui n’équivaut pas à une décompression sûre pour chaque individu, à chaque plongée.
La variabilité individuelle
Deux plongeurs effectuant exactement le même profil n’ont pas le même risque. L’étude le démontre clairement : à profil identique, le sexe, la corpulence et d’autres caractéristiques personnelles modifient fortement la probabilité d’ADD. Le modèle « universel » de l’ordinateur ne capture pas cette variabilité.
Les facteurs physiologiques
L’état de l’organisme au moment de la plongée — niveau de fatigue, effort musculaire fourni, hydratation, inflammation — influence la formation et l’élimination des bulles. Ces variables ne sont pas mesurées par les ordinateurs actuels mais pèsent réellement sur le risque.
Les facteurs environnementaux et opérationnels
La température de l’eau, le nombre de gaz utilisés, l’objectif de la plongée (loisir ou technique), l’enchaînement des plongées et la durée des intervalles de surface comptent aussi. Selon l’étude DAN Europe publiée en 2026, ces paramètres opérationnels modifient le risque indépendamment du profil de décompression lui-même.
En résumé : respecter son ordinateur réduit fortement le risque, mais ne l’annule jamais. Le risque résiduel dépend de facteurs personnels et opérationnels que l’étude DAN Europe 2026 a précisément quantifiés.
Les 12 facteurs qui augmentent ou diminuent le risque d’ADD selon DAN
À partir d’une régression logistique multivariée (la méthode qui isole l’effet propre de chaque variable, indépendamment des autres), les chercheurs ont retenu 12 facteurs ayant une influence statistiquement indépendante sur la survenue d’un ADD. Pour chacun, l’étude fournit un « odds ratio » (OR) : un OR supérieur à 1 signale un facteur aggravant, un OR inférieur à 1 un facteur protecteur. Voici ce qu’ils signifient concrètement pour vous.
1. Le gradient de sursaturation de surface (DSSG)
Ce que c’est : le DSSG (DAN Surface Supersaturation Gradient) mesure le degré de sursaturation en azote de vos tissus au moment précis où vous atteignez la surface. C’est, en quelque sorte, la « pression d’azote en excès » que votre corps doit encore évacuer en sortant de l’eau. Il est recalculé à partir du profil enregistré par l’ordinateur, selon le modèle Bühlmann ZH-L16C.
Ce que montre l’étude : c’est le facteur de risque le plus déterminant de tous. Le DSSG médian était de 0,866 dans les plongées avec ADD contre 0,743 dans les plongées sans ADD (p < 0,001). La progression est spectaculaire : à un DSSG de 0,7, le taux d'ADD est de 0,095 % ; à 0,8, il monte à 0,72 % ; à 0,9, à 3,34 % ; et au-delà de 1,0, il atteint 37,5 %.
Conséquence pratique : le DSSG est entièrement contrôlable par le plongeur, car il dépend du profil (profondeur, durée, remontée, paliers). Plonger avec un réglage plus conservateur, ralentir la remontée et prolonger les paliers de sécurité font baisser le DSSG, et donc le risque, de façon directe.
2. Le compartiment directeur
Ce que c’est : dans le modèle Bühlmann, le « compartiment directeur » est le tissu théorique qui, à un instant donné, atteint le premier sa tension critique en azote. C’est lui qui pilote le calcul de la décompression et impose, le cas échéant, les paliers.
Ce que montre l’étude : le numéro du compartiment où survient le DSSG maximal influence le risque d’ADD de manière indépendante (OR = 0,79 par incrément). Il est aussi corrélé au nombre de gaz utilisés, signe qu’il reflète en partie le type de plongée pratiquée.
Conséquence pratique : ce paramètre est surtout technique. Pour le plongeur, il rappelle qu’il existe des profils « rapides » (compartiments courts) et « lents » (compartiments longs) et que les futurs ordinateurs intégreront ce niveau de finesse dans l’estimation personnalisée du risque.
3. Le sexe féminin
Ce que c’est : le sexe biologique du plongeur, traité comme facteur physiologique non modifiable.
Ce que montre l’étude : c’est le facteur physiologique le plus marquant. En analyse brute, l’ADD est survenu 3,29 fois plus souvent chez les femmes (1,25 %) que chez les hommes (0,38 %). En analyse multivariée, l’odds ratio atteint 4,63, soit un risque accru d’environ 363 % indépendamment des autres paramètres.
Pourquoi cet effet ? Les chercheurs renvoient à des travaux sur modèles animaux suggérant que les mécanismes de résistance à l’ADD diffèrent entre les sexes : une moindre tendance à la coagulation et une réponse inflammatoire particulière à la décompression sembleraient favoriser la résistance masculine. Ces mécanismes restent à confirmer chez l’humain.
Conséquence pratique : ce facteur n’est pas modifiable, mais il plaide pour davantage de conservatisme. Une plongeuse a tout intérêt à adopter des marges de sécurité plus larges, sans dramatiser : 1,25 % reste un taux faible en valeur absolue.
4. Un IMC (indice de masse corporelle) faible
Ce que c’est : la classe d’IMC du plongeur, du sous-poids à l’obésité.
Ce que montre l’étude : le résultat est contre-intuitif. Les données brutes décrivent une courbe en U, mais l’analyse multivariée révèle qu’une classe d’IMC plus basse, en particulier en dessous de la normale, est associée à une augmentation de 15 % des cotes d’ADD (OR = 0,85 par classe, c’est-à-dire que descendre d’une classe augmente le risque). Les chercheurs soulignent eux-mêmes que ce résultat justifie de futures recherches.
Conséquence pratique : contrairement à une idée répandue, être très mince ne protège pas. L’IMC n’est pas modifiable à court terme ; là encore, le message est au conservatisme plutôt qu’à l’inquiétude.
5. L’utilisation de plusieurs gaz
Ce que c’est : le nombre de mélanges gazeux différents utilisés au cours d’une même plongée (air, nitrox, mélanges techniques…).
Ce que montre l’étude : c’est le facteur de risque non physiologique le plus puissant, juste derrière le sexe. Chaque gaz supplémentaire multiplie les cotes d’ADD par environ 2,9 (OR = 2,87). La progression du taux d’ADD est nette : 0,40 % avec un seul gaz, 2,81 % avec deux, 8,59 % avec trois, et jusqu’à 50 % avec quatre.
Pourquoi cet effet ? Le nombre de gaz n’est pas dangereux en soi : il est un marqueur de la plongée technique (recycleurs, grandes profondeurs, longues durées, refroidissement, déshydratation). C’est cet ensemble de contraintes que le « nombre de gaz » résume.
Conséquence pratique : les plongées multi-gaz appellent une planification, un entraînement et un conservatisme renforcés. Le risque est lié au contexte technique global, pas à la simple présence d’un deuxième détendeur.
6. L’exercice physique avant la plongée
Ce que c’est : l’activité physique réalisée juste avant la mise à l’eau.
Ce que montre l’étude : un exercice avant la plongée double le risque d’ADD en analyse multivariée (OR = 2,06). En données brutes, le taux d’ADD passe de 0,38 % sans exercice à 0,78 % avec un exercice léger.
Pourquoi cette nuance importante ? Les auteurs invitent à interpréter ce résultat avec une extrême prudence. D’autres travaux solides montrent qu’un exercice contrôlé en « pré-conditionnement » (par exemple un effort aérobie modéré quelques heures avant) réduit au contraire la formation de bulles. Le questionnaire DAN ne distinguait pas l’exercice de préparation de l’effort « parasite » (porter du matériel lourd, lutter contre le courant peu avant l’immersion). De plus, exercice et fatigue avant la plongée étaient fortement corrélés.
Conséquence pratique : évitez les efforts intenses non préparés juste avant l’immersion. Un pré-conditionnement léger et planifié n’est pas à fuir ; un effort épuisant improvisé, si.
7. Le confort thermique
Ce que c’est : la sensation de température ressentie par le plongeur pendant la plongée (du froid au confortable, voire au chaud).
Ce que montre l’étude : autre résultat contre-intuitif. Le taux d’ADD le plus élevé concernait les plongées où le plongeur se déclarait à l’aise thermiquement (0,51 %), contre 0,16 % quand il avait froid. En multivariée, passer du froid au confort augmente les cotes d’ADD d’un facteur 2,83, comparable à l’effet du nombre de gaz.
Pourquoi cet effet ? L’explication tient à la physiologie de la décompression. Être chaud pendant la phase de fond favorise la circulation périphérique et donc l’absorption d’azote ; rester chaud (ou se réchauffer) pendant la remontée et la décompression accélère au contraire l’élimination. Le scénario le plus risqué est d’être chaud au fond puis de se refroidir à la remontée. Les chercheurs soulignent que le confort « ressenti » est subjectif et que de futures mesures de température corporelle réelle (centrale et cutanée) seront nécessaires pour clarifier ce mécanisme.
Conséquence pratique : l’idéal est d’éviter d’être trop chaud pendant la phase profonde et de rester bien protégé du froid pendant la remontée et les paliers. La gestion thermique compte autant que le profil.
8. La charge de travail pendant la plongée
Ce que c’est : l’intensité de l’effort fourni sous l’eau (palmage soutenu, courant, manutention, travail au fond).
Ce que montre l’étude : un effort marqué pendant la plongée augmente les cotes d’ADD de 61 % (OR = 1,61). Le taux d’ADD passe de 0,39 % sans charge de travail notable à 0,67 % avec.
Conséquence pratique : économisez votre effort, surtout en phase profonde. Un palmage calme, un lestage bien réglé et l’anticipation des courants réduisent directement ce facteur, qui fait partie des plus facilement maîtrisables.
9. L’objectif technique de la plongée
Ce que c’est : la finalité déclarée de la plongée (loisir, encadrement, technique, etc.).
Ce que montre l’étude : les plongées à but technique augmentent les cotes d’ADD de 36 % (OR = 1,36). En données brutes, leur taux d’ADD atteint 1,24 %, contre 0,57 % pour les plongées loisir.
Conséquence pratique : la plongée technique concentre plusieurs facteurs aggravants à la fois (profondeur, durée, multi-gaz, froid). Elle exige une formation spécifique et une rigueur de planification proportionnelle au risque, indispensables pour devenir moniteur de plongée ou encadrer des plongeurs dans des environnements plus exigeants.
Pour les futurs encadrants préparant le BPJEPS plongée, la compréhension de ces mécanismes de risque constitue une compétence fondamentale.
Les professionnels évoluant vers des responsabilités d’encadrement avancé ou de direction technique via le DEJEPS plongée sont particulièrement concernés par ces problématiques de gestion du risque.
10. Le nombre de plongées répétitives
Ce que c’est : le nombre de plongées enchaînées dans une même série (toute plongée réalisée dans les 48 heures suivant la précédente étant comptée comme « répétitive »).
Ce que montre l’étude : effet apparemment protecteur. Chaque plongée supplémentaire dans la série réduit les cotes d’ADD d’environ 6 % (OR = 0,94).
Pourquoi cette prudence ? Les auteurs expliquent que ce résultat est probablement lié à la définition même de la « série » : pour qu’une plongée soit comptée comme répétitive, l’intervalle de surface a pu s’allonger jusqu’à 48 heures. C’est donc surtout l’allongement des intervalles qui protège, pas le fait d’enchaîner les plongées en soi.
Conséquence pratique : ne lisez pas ce facteur comme « plus je plonge, moins je risque ». Lisez-le comme une confirmation indirecte de l’importance des intervalles de surface (facteur suivant).
11. L’intervalle de surface
Ce que c’est : le temps passé en surface entre deux plongées d’une même série.
Ce que montre l’étude : chaque heure supplémentaire d’intervalle de surface réduit les cotes d’ADD de 4 % (OR = 0,96). L’effet est cumulatif et confirme une recommandation classique de la plongée loisir.
Conséquence pratique : allonger ses intervalles de surface est l’un des leviers les plus simples et les plus efficaces pour réduire son risque. Selon l’étude DAN Europe 2026, les recommandations de sécurité devraient explicitement encourager des intervalles prolongés.
12. La fatigue ressentie avant la plongée
Ce que c’est : l’état de forme déclaré par le plongeur avant l’immersion (reposé, fatigué ou épuisé).
Ce que montre l’étude : le résultat le plus surprenant. Se sentir fatigué ou épuisé avant la plongée réduit les cotes d’ADD de 70 % (OR = 0,30). Autrement dit, la fatigue ressentie apparaît comme protectrice.
Pourquoi cet effet contre-intuitif ? L’explication retenue par les chercheurs est comportementale : un plongeur qui ne se sent « pas en forme » a tendance à plonger de façon plus prudente et plus conservatrice (profil moins agressif, remontée plus lente, plongée écourtée). C’est cette prudence accrue, et non la fatigue elle-même, qui réduirait le risque. Les auteurs précisent que la structure de la base ne permet pas de conclure définitivement et qu’une révision du questionnaire est prévue.
Conséquence pratique : le vrai message n’est pas « plongez fatigué », mais « plongez prudemment ». Le bénéfice observé vient du comportement conservateur. Adopter cette prudence quel que soit son état de forme est la bonne leçon à retenir.
Quels facteurs un plongeur peut-il réellement contrôler ?
Tous les facteurs n’ont pas le même statut. Certains sont gravés dans votre physiologie ; d’autres dépendent entièrement de vos choix avant et pendant la plongée. Le tableau ci-dessous fait le tri.
| Facteur | Modifiable ? | Impact potentiel |
|---|---|---|
| Gradient de sursaturation (DSSG) | Oui (profil, paliers) | Très élevé — facteur n°1 |
| Charge de travail | Oui | Élevé (+61 %) |
| Intervalle de surface | Oui | Protecteur (-4 %/heure) |
| Confort thermique | En partie | Élevé (×2,8) |
| Exercice avant la plongée | Oui | Élevé (×2,0) |
| Nombre de gaz / type technique | Oui (choix de plongée) | Très élevé (×2,9) |
| Comportement prudent / conservatisme | Oui | Protecteur |
| Sexe | Non | Très élevé (×4,6) |
| IMC / corpulence | Non (court terme) | Modéré (+15 %/classe basse) |
| Compartiment directeur | Non directement | Modéré |
Voici comment agir concrètement sur les leviers que vous maîtrisez :
- Gestion de l’effort : palmez calmement, soignez votre lestage et votre stabilité, anticipez les courants. Réduire la charge de travail diminue directement le risque.
- Hydratation : bien que non mesurée directement par l’étude, la déshydratation est citée comme un facteur associé à la plongée technique. Une bonne hydratation avant la plongée fait partie des recommandations de prévention reconnues.
- Température : évitez d’être trop chaud en phase profonde et protégez-vous bien du froid pendant la remontée et les paliers. La combinaison « chaud au fond, froid à la remontée » est la plus défavorable.
- Allongement des intervalles de surface : chaque heure supplémentaire compte. C’est l’un des gestes les plus simples et les plus efficaces.
- Conservatisme de la décompression : réglez votre ordinateur de façon plus prudente, ralentissez votre remontée, prolongez votre palier de sécurité. Vous faites baisser le DSSG, le facteur n°1.
- Comportement prudent : c’est le fil conducteur de l’étude. Le bénéfice « protecteur » de la fatigue ressentie s’explique par un comportement plus conservateur. Adopter cette prudence systématiquement est la meilleure prévention.
Ce que cette étude va probablement changer dans les futurs ordinateurs de plongée
Au-delà des conseils pratiques, l’étude DAN Europe 2026 ouvre une perspective importante : la fin du modèle de décompression « unique pour tous » et l’arrivée d’une décompression réellement personnalisée.
La décompression personnalisée
Aujourd’hui, votre ordinateur applique le même algorithme que celui de votre voisin de palanquée, sans tenir compte de votre sexe, de votre corpulence ou de votre état du jour. Le modèle DAN, qui isole l’effet propre de 12 facteurs personnels et opérationnels, fournit la base statistique d’un calcul ajusté au profil individuel.
Les modèles probabilistes
Les ordinateurs actuels raisonnent en « oui/non » : la décompression est respectée ou non. Le modèle DAN, lui, calcule une probabilité d’ADD à partir d’une équation intégrant le DSSG et les autres facteurs. Les chercheurs décrivent explicitement leur travail comme la base d’un « ordinateur de plongée probabiliste individualisé ». Demain, votre ordinateur pourrait afficher non plus une simple consigne, mais une estimation de votre risque réel.
La prise en compte du profil individuel
Le DSSG est, selon les auteurs, le paramètre opérationnel modifiable le plus important et il est « entièrement contrôlable par le plongeur ». C’est donc le candidat naturel pour piloter ces futurs modèles, complété par des facteurs personnels. À terme, des données plus riches (température corporelle réelle, charge de travail quantifiée, voire prédisposition individuelle aux bulles) viendront affiner le calcul.
L’avenir des ordinateurs de plongée
Les auteurs reconnaissent les limites de leur base (absence du foramen ovale perméable, de l’hydratation précise ou de la prédisposition aux bulles) et annoncent des études complémentaires. La direction est claire : l’ordinateur de plongée de demain sera un assistant de risque personnalisé, capable d’adapter la décompression à qui vous êtes et à comment vous plongez, et non plus à un plongeur théorique moyen.
Ce qu’il faut retenir
Les principaux enseignements de l’étude DAN Europe 2026 sur les facteurs de risque de l’accident de décompression.
Un accident de décompression peut survenir même en respectant son ordinateur : les algorithmes décrivent un plongeur moyen, pas votre physiologie réelle.
127 957 plongées, 5 907 plongeurs et 628 ADD observés, pour un taux d’incidence global de 0,49 %.
Au-delà d’un DSSG de 1,0, le taux d’ADD atteint 37,5 %. Ce facteur se contrôle via le profil de plongée et les paliers.
Le sexe féminin (×4,6) et le nombre de gaz utilisés (×2,9) ressortent fortement, l’un comme facteur physiologique, l’autre comme marqueur de plongée technique.
Le confort thermique augmente le risque, la fatigue ressentie semble le réduire via un comportement plus prudent, et un IMC bas n’est pas forcément protecteur.
Conservatisme de la décompression, gestion de l’effort, intervalles de surface plus longs et bonne gestion thermique à la remontée.
L’avenir appartient aux ordinateurs probabilistes personnalisés, capables d’estimer un risque réel plutôt qu’une consigne unique pour tous.
La prévention repose avant tout sur un comportement prudent et conservateur, quelle que soit votre forme du jour.
Pour les candidats souhaitant développer une maîtrise approfondie de la sécurité, de la décompression et de l’encadrement, notre formation complète sur 15 mois permet d’acquérir progressivement les compétences techniques et pédagogiques nécessaires à une pratique professionnelle.
FAQ : vos questions sur l’accident de décompression
Vous vous posez encore des questions sur l’accident de décompression, les facteurs de risque identifiés par l’étude DAN Europe 2026 ou les moyens de réduire votre exposition ? Voici les réponses aux questions les plus fréquentes des plongeurs.
Un accident de décompression (ADD), ou maladie de décompression, survient lorsque l’azote dissous dans les tissus pendant la plongée forme des bulles lors de la remontée, plus vite que l’organisme ne peut les éliminer.
Ces bulles peuvent provoquer des douleurs articulaires, des symptômes neurologiques ou, dans les cas graves, des atteintes mettant en jeu le pronostic vital.
Selon l’étude DAN Europe publiée en 2026, l’ADD touche environ 0,49 % des plongées loisir.
Oui. Respecter ses paliers et son ordinateur réduit fortement le risque mais ne l’élimine pas.
Les algorithmes actuels reposent sur un modèle de plongeur moyen et ne tiennent pas compte de la variabilité individuelle ni de nombreux facteurs personnels et opérationnels.
L’étude DAN Europe 2026 confirme qu’un ADD peut survenir malgré le respect des procédures de décompression.
L’étude DAN Europe 2026 a identifié 12 facteurs indépendants.
Les plus importants sont le gradient de sursaturation de surface (DSSG), le sexe féminin (×4,6), le nombre de gaz utilisés (×2,9), le confort thermique (×2,8), l’exercice avant la plongée (×2,0) et la charge de travail pendant la plongée (+61 %).
À l’inverse, des intervalles de surface plus longs et un comportement prudent réduisent le risque.
Selon l’étude DAN Europe 2026, les femmes présentent un risque d’ADD multiplié par 4,63 indépendamment des autres facteurs.
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses biologiques liées à la coagulation et à la réponse inflammatoire.
Ces mécanismes restent toutefois à confirmer chez l’humain et le risque absolu demeure faible (1,25 %).
Oui. L’étude montre qu’un exercice avant la plongée double le risque (×2,0) et qu’une charge de travail élevée pendant la plongée l’augmente de 61 %.
Les auteurs précisent cependant qu’un pré-conditionnement physique modéré et planifié plusieurs heures avant la plongée pourrait avoir un effet protecteur.
L’étude DAN Europe 2026 montre que chaque heure supplémentaire d’intervalle de surface réduit les cotes d’ADD de 4 %.
Allonger ses intervalles de surface constitue donc l’un des moyens les plus simples et efficaces de réduire son risque.
Oui. Les plongées à but technique augmentent les cotes d’ADD de 36 % selon l’étude.
Le nombre de gaz utilisés multiplie à lui seul le risque par 2,9, en plus des contraintes liées à la profondeur, au froid et à la durée d’exposition.
Les leviers les plus efficaces sont ceux qui agissent sur les facteurs contrôlables :
- adopter une décompression plus conservatrice ;
- ralentir sa remontée ;
- prolonger ses paliers ;
- limiter les efforts sous l’eau ;
- allonger les intervalles de surface ;
- gérer correctement sa température corporelle ;
- maintenir une bonne hydratation.
Le facteur protecteur commun à toutes ces mesures reste un comportement prudent et conservateur.
Sources & références
- Étude scientifique de référence
Marroni A, Kot J, Pieri M, Pelliccia R, Balestra C. Identification of DCS risk factors in recreational diving: multifactorial model based on the DAN DSL Database 2024. International Maritime Health. 2026; 77(1): 1–12.
DOI : 10.5603/imh.108038.
International Maritime Health – Publication originale Étude scientifique ayant servi de base à l’intégralité de cet article. - Données analysées dans l’étude
Base de données DAN DSL (Divers Safety Lab) – version 07/2024. 127 957 plongées réelles analysées, 5 907 plongeurs suivis, 628 accidents de décompression observés et un taux d’incidence global de 0,49 %. - Cadre scientifique et éthique
Publication en accès libre sous licence Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0. Étude approuvée par le comité d’éthique de DAN Europe et financée par DAN Europe. Les auteurs déclarent ne présenter aucun conflit d’intérêts. - Avertissement médical
l’accident de décompression est un sujet médical sensible. Cet article a une vocation pédagogique et ne remplace pas une formation, un avis médical ou les consignes d’un professionnel. En cas de symptôme après une plongée, contactez immédiatement les secours et la ligne d’urgence DAN.
Dernière vérification des sources : 06/2026.
